Vertigo : La force des apparences

Vertigo

Kim Novak, photogramme tiré du film d’Alfred Hitchcock, Vertigo 
(d’après le roman de Boileau-Narcejac), 1958, Etats-Unis

Cette image est tirée du film Vertigo d’Alfred Hitchcock, montrant un gros plan sur la chevelure de Kim Novak.

En 1958, Sueurs Froides souvent désigné sous son titre original Vertigo est projeté dans les salles de cinéma. Inspiré du roman D’entre les morts du romancier Boileau-Narcejac paru en 1954, ce film tient pour personnage principal John « Scotty » Ferguson, un ancien policier souffrant de vertige enquête sur la femme d’un ami, nommée Madeleine Eisler dont le comportement suspect est mêlé à un trouble de personnalité inquiétant. L’univers du réalisateur Alfred Hitchcock, se retranscrit dans le film, nous plongeant dans une psychose à base de formes et de représentations imaginaires. Certains de ces effets sont cristallisés par le personnage de Madeleine Eisler interprété par l’actrice Kim Novak, qui, de dos est représentée ci-dessus.

 

La dualité du personnage « Madeleine-Judy »

Le double-rôle du personnage de Madeleine-Judy dans Vertigo, a été interprété par l’actrice américaine, Kim Novak. Son jeu d’actrice diffère d’un personnage à l’autre : Elle incarne tantôt une fragilité à fleur de peau accompagnée d’une part d’obscurité chez le personnage de Madeleine Eisler puis une personnalité forte voire vulgaire par le personnage de Judy Barton. Alfred Hitchcock entretient tout au long du film, un certain mystère qui tend à de la frustration vis-à-vis du spectateur : Est-ce la même personne ? En est-ce une autre ? Et si finalement le personnage Madeleine-Judy n’était pas la cause de vertige ? Des vertiges d’identité.

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Photogramme extrait du film Vertigo (1958)

L’esthétique du double se matérialise également par des miroirs et des portraits. Ainsi, dans la séquence du musée, on peut observer une certaine distance infranchissable entre le sujet et l’objet de son désir, l’envoûtement du passé. De plus, on peut parler d’une structure générale en miroir dans le film, une symétrie ou inversion comme lors des séquences de la conduite de droite à gauche où l’on adopte un double point de vue celui de Johnny d’abord et de Judy ensuite.

Ce thème du double est inquiétant car nous avons des doubles d’identités, Madeleine-Judy, une « fausse folie » d’une femme sous l’emprise du passé, à la recherche d’une identité antérieure. Madeleine commence alors à en perdre la sienne au profit de Carlotta Valdez, si bien qu’elle avoue de nombreuses fois « être perdue » auprès de Johnny. Mais au fur et à mesure de l’enquête, Johnny découvre qu’en réalité le personnage de Madeleine Eisler était un subterfuge puisque sa véritable identité est Judy Barton. Celle-ci se faisait passer une femme en proie à de grands troubles de personnalité pour mieux se cacher de la sienne.

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Illustration du livre de L’Etrange cas du Dr. Jekyll et de Mr. Hyde, réédité en 2008

Enfin, dans le domaine de la littérature, Robert-Louis Stevenson a écrit un classique relatant de la « double personnalité » : « L’Etrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde » écrit en 1886 dans lequel Dr Jekyll, philanthrope réputé mais assez naïf pour vouloir les séparer en ingurgitant une potion de son invention, dont il ne maîtrise pas les ingrédients, ni les effets. Son tour de sorcellerie aboutit à sa métamorphose en Mr Hyde, être maléfique et difforme, dont il ne perçoit pas, devant le miroir, l’aspect repoussant. Il prend même goût, peu à peu, à se transformer en Mr Hyde, et avoue son penchant pour le vice. La distance entre le bien et mal est franchi dès lors que le Dr Jekyll ne se livre au vice jusqu’au crime, sous l’identité de Mr Hyde, et constate qu’il demeure insoupçonnable. En parallèle, la complexité du trouble de la double personnalité de Madeleine-Judy s’exprime elle, dans le crime quant son dénouement criminel de l’intrigue.

 

 

La spirale comme leitmotiv

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Photogramme d’un oeil spectatoriel extrait du générique de Vertigo (1958)

La figure de la spirale est utilisée comme telle dès le générique : sous forme de rosaces, calices et des corolles tourbillonnants, se suivant les unes aux autres jusqu’à se transmettre à un œil « spectateur » imprégné d’une spirale. Ainsi, le spectateur est plongé dans le cœur même de l’intrigue avant même que celle-ci ait pu commencer. Par son œil, ce dernier est hypnotisé par les spirales aux effets mystiques. On comprend que cette figure est la source de la réception du vertige et que cette sensation va nous habiter tout le long du film Vertigo, dont le titre laisse présager ces émotions.

La spirale est représentée comme le leitmotiv du film, notamment dans les passages clés du chef d’oeuvre d’Hitchcock, comme Claude Chabrol et Eric Rohmer s’accordent à dire : « Hitchcock est l’un des plus grands inventeurs de formes de toute l’histoire du cinéma ». En effet, dans le chignon de Madeleine, dont l’identité oscille entre sa vie « réelle » de femme mariée et celle de sa grand-même décédée, la spirale réfère au cheminement de la vie : de la vie à la mort. Dans le cadre de l’intrigue centrale du film, cette spirale réfère au cheminement de la réflexion que Johnny et le spectateur se font à propos de l’identité de Madeleine.

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Courbe géométrique d’une spirale logarithmique

On tourne autour de la vérité ou on s’en éloigne, selon le sens dans lequel on le prend comme résolution d’une équation mathématique d’une spirale logarithmique. La séquence significative de cette réflexion mathématique est le passage en voiture avec Johnny où ce dernier tourne en rond en suivant Madeleine Eister, pour finalement revenir chez lui.

Cette enquête vise la vérité, et c’est celle que cherche à déceler Johnny Ferguson à travers son enquête mais aussi par ses sensations de vertige et ses cauchemars, qui lui font tourner la tête. La psychanalytique montre les problèmes de Johnny face à son vertige. Hitchcock plonge alors le spectateur dans une angoisse matérialisée en « cauchemar éveillé » par l’effet de spirale pour nous entraîner dans la peur du personnage. Le réalisateur anglais combine différentes techniques de réalisation comme le travelling-arrière et le zoom avant, pour produire et surtout provoquer, un effet de vertige.

 

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Photographie – « Spirale » de Y.Bayle (2015)

On peut observer, à travers ces différentes représentations, que la figure de la Spirale est reprise dans plusieurs domaines artistiques, comme la photographie, la peinture ou encore le cinéma. Si dans Vertigo, la Spirale est une représentation dangereuse, elle l’est également sous ces autres formes artistiques. En effet, l’escalier est un endroit dangereux et significatif du vide, du néant sous sa forme spiroïdale comme la chute vers le mal. Cette photographie réalisée par Yves Bayle en est l’illustration même.

 

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Peinture acryllique -« La spirale » d’A.Gadeaux

Sur la peinture d’Annie Gadeaux, on peut observer au milieu de la spirale, un trou noir aspirant des être humains révélant là aussi l’attraction vers quelques chose supposé être dangereux. Comme c’est le cas dans Vertigo, la Spirale a pour connotation l’emprise, l’attirance infernale et irréversible sur l’homme, quelque chose de dangereux également représentée sous d’autres formes artistiques même si celle-ci reste une figure pouvant être belle à l’œil.

 

 

 

Le sentiment de désir

Le film se déroule à San Francisco où Madeleine retrouve l’appartement de Scottie notamment grâce à cette Tour de San Francisco dont l’architecture peut faire penser à celle d’une lance à incendie. Une première représentation du thème du désir charnel dans le film. La lance à incendie qui, dans ce contexte, peut représenter le sexe d’un homme et figurerait comme une connotation sexuelle entre les deux personnages.

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Photogramme extrait du film Vertigo (1958)

D’ailleurs, Scottie répondra à Madeleine : « C’est bien la première fois que ce monument m’aura rendu un service ». Dans la même scène, peu après Madeleine est alors accoudée à la balustrade de l’entrée, son chignon effleure, du fait de l’effet visuel dû à la profondeur de champ, la base de la tour aperçue au loin. Sûrement une fois encore une interprétation pouvant être connotée comme sexuelle, la Tour étant le sexe masculin et le « trou noir » produit par la spirale de son chignon peut faire penser au sexe féminin.

Une scène qui nous rapporte alors à notre image du gros plan du Chignon de Madeleine et sa structure spiroïdale, imitant celle de la femme dont elle regarde le portrait et qui donne à voir en son centre un trou noir. Qui comme nous l’avons dit, pourrait représenter le sexe féminin mais aussi la terrible chute dans la baie de San Francisco qui représente la naissance des sentiments amoureux, le désir qui s’est installé entre Madeleine et Scottie. Fasciné par le passé que porte Madeleine, Scottie n’approche pas de la vérité mais se prend alors d’un amour véritable et puissant pour la jeune femme. Le vertige qu’il ressent pour Madeleine est aussi physique : il en tombe amoureux au premier regard et il l’a vu nue en lui retirant ses vêtements mouillés. A contrario, ce trou noir peut également signifier le vide et ainsi la mort de Madeleine lorsqu’elle se jette du clocher de l’Eglise et met alors fin à tout désir entre les deux personnages.

Ensuite, plus largement dans le film, Hitchcock insiste ici sur le caractère morbide de la recréation du personnage de Madeleine, recréant un pure fantasme mais, le fantasme d’une femme qui n’existe pas et n’a jamais existé mais aussi le vertige du spectateur qui ressent ainsi l’infinie tristesse du désir de l’homme. Nous nous trouvons ici face à une manifestation classique du désir.

L’image sexuelle impossible n’est donc finalement que l’image du désir, et Vertigo joue sur la répétition de ce désir à plusieurs égards. Imitation comme répétition tout d’abord, lorsque Scottie essaye de reproduire, d’imiter Madeleine par l’intermédiaire de Judy. La répétition s’effectue donc ici à deux niveaux : imitation comme répétition du désir pour cette image de la femme idéale que représente Madeleine, et répétition de l’acte d’imitation lui-même : acte initié par Gavin Eisler, mari de Madeleine, puis réitéré par Scottie.

 

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Photogrammes : à gauche, Le Faucon Maltais (1941) avec Humphrey Bogart et Mary Astor et, à droite Vertigo (1958) avec James Stewart et Kim Novak

Pour en revenir à Kim Novak, nous pouvons faire un lien avec Mary Astor dans le premier film noir de l’histoire : le Faucon Maltais (1941). Dans les deux films, on retrouve la présence de deux détectives qui tombent amoureux de la femme fatale mais au final, dans chaque film, le protagoniste détective est victime de tromperie de la femme, avant de découvrir la vérité. Nous avons donc là, un autre caractèristique du rôle de la femme fatale, en effet celle-ci a tous les pouvoirs et tous les droits en matière de relation amoureuse et/ou sexuelles. La femme fatale domine l’homme et parfois le réduit en un simple objet de jeu, usant de leur charme pour mieux le repousser.La femme fatale est un personnage mystérieux comme c’est le cas dans les deux films. Ici, dans Vertigo, les autres personnages doivent mener leur enquête pour apprendre des choses à son sujet, elles ont toujours une longueur d’avance sur les autres personnages.

Scarlett-Johansson-la-nouvelle-Kim-NovakLeur charme est donc leur premier atout dans un monde d’homme souvent un monde barbare dans lequel la femme fatale obtient parfaitement sa place. Pour finir, il y a la dernière caractéristique de la femme fatale : Une voix douce, délicate et séductrice sans pour autant paraître trop fausse. Tel est aujourd’hui, le portrait-robot de Scarlett Johansson, qui est notamment comparée par le magazine ELLE à la « nouvelle Kim Novak ». Actrice mondialement célèbre, Scarlett Johansson est citée et reconnue comme étant l’une des plus belles femmes du monde et un fantasme pour la gente masculine.

Anthony Goupil, Alexis Mayer, Arthur Gallien

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