La force d’un portrait

Lever le voile sur ces femmes algériennes

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Marc Garanger est un photographe et cinéaste né en 1935. En 1960 il est contraint de rejoindre le régime de seconde classe en Kabylie afin d’effectuer son service militaire. Dans le même temps, l’armée française décide d’attribuer des cartes d’identité à tous les autochtones afin de contrôler leurs déplacements. Marc Garanger photographiera ainsi plus de 2000 portraits de femmes algériennes.

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Au-delà du portrait administratif, il pourra ainsi témoigner de leur “protestation muette”, du à  l’acte de violence fait à ces femmes : le dévoilement forcé. Les photographies de ces femmes fascinent et interpellent à la fois le spectateur. L’audace de leur regard et l’insolence de leur beauté forment un véritable défi lancé aux autorités. Le positionnement que prennent ces femmes est un brin provocateur, elles nous laisse percevoir la haine que le dévoilement provoque chez elles. A travers l’expression de leur visages, on peut lire qu’elles peuvent être commandées, mais pas soumises. Marc Garanger enregistre les détails des costumes et tatouages traditionnels de ces femmes.  L’origine, la signification, les symboles que portent ces femmes sur leurs visages restent encore un mystère.

En photographie, le portrait consiste à retranscrire les expressions et les caractéristiques d’une personne. C’est  un art, une pratique qui pousse l’homme à se dévoiler. Il permet de mettre en valeur sa personnalité. Cependant certaine personne refuse ce “dévoilement” imposé par le portrait : prenons l’exemple de la photo de profil sur les réseaux sociaux. La majorité des utilisateurs sont d’accord pour que leur visage apparaisse et soit visible pas tous,  alors que d’autres choisissent de le dissimuler par diverses manières. C’est une façon de créer le mystère ou de se protéger du monde extérieur.

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Couverture du Time magazine en 2010.

En France, le droit d’une personne sur son image est protégé en tant qu’attribut de sa personnalité. Toute personne, qu’elle soit célèbre ou anonyme peut s’opposer à l’utilisation de son image sans son autorisation, sauf exceptions. Ce n’est pas le cas dans tous les pays du monde. Certains clichés notamment pris par des photo journalistes sont réalisés sans l’accord de la personne photographiée. Un photographe sud-africain a remporté le World Press Photo pour ce portrait de Bibi Aisha, une jeune Afghane mutilée, exilée aux États-Unis. Cette image a fait la Une du magazine Time en août 2010. 

Le portrait : perception optique du réel 

Un portrait est une oeuvre picturale, graphique, photographique, sculpturale dont le but est de représenter, de façon ressemblante, une personne avec sa tenue et ses expressions. Le portrait consiste à retranscrire un sujet sur un support à un instant T, le travail porte sur le réel. Il s’agit là de faire passer un message à travers l’expression d’un visage, la position de la tête, la direction du regard, et d’autres multitudes de points de vue. Il existe plusieurs types de portraits :

Le portrait officiel

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Portrait officiel de Jacques Chirac lors de son premier mandat.

En France, le portrait officiel du président de la République est réalisée en début de mandat. L’affichage du portrait dans les bâtiments publics est une tradition républicaine. Le cinquième président de la République, Jacques Chirac a fait un choix audacieux. En effet il confit la réalisation de son portrait officiel au photographe à la réputation sulfureuse Bettina Rheims, notamment reconnu pour ses prises de vue de nus provocants de transsexuels. Jacques Chirac est debout, les mains derrières le dos, dans les jardins de l’Élysée. A travers cette posture, il incarne ainsi la modernité d’un président décontracté qui se veut proche de son peuple.

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Le portrait funéraire

A l’origine, le portrait funéraire, ou portrait mortuaire, est un art occidental qui découle de la tradition de vénération du corps du souverain défunt. Grâce à la photographie, cette pratique se démocratise au xixe siècle et au xxe siècle.

Le Portrait funéraire d’Henriette Sélincart par Charles Le Brun. Les yeux mi-clos et la bouche entrouverte composent une expression mêlant douceur et extase qui renvoie à la représentation de la Madeleine.

L’autoportrait

Un autoportrait est une représentation dessinée, peinte, photographiée ou sculptée par l’artiste lui-même. On ne parle d’autoportrait qu’en présence d’une figure nettement individualisée et désignée. On distingue plusieurs modalités : l’autoportrait situé, c’est à dire inséré dans un groupe, l’autoportrait symbolique, où l’artiste donne ses traits à un personnage sacré, le portrait de groupe (professionnel ou familiale), enfin le portrait détaché où l’artiste se représente dans une mise en scène allant du fond neutre à un décor plus ou moins élaboré.

Le portrait photographique

L’invention de la photographie a permis de mettre en relief l’importance de l’éclairage, de la perspective et du matériel utilisé. La photographie inaugure une nouvelle ère dans la représentation. En effet, on est maintenant capable d’obtenir une représentation du réel « objective », c’est-à-dire que l’homme ne représente plus le réel comme il le voit et comme il le peut, mais il immortalise le réel.

Sherbat Gula, jeune fille afghane photographiée par Steeve McCurry.

Parmi les portraits photographiques les plus marquants de l’Histoire, on retrouve celui de Sherbat Gula, également appelée “la jeune fille afghane aux yeux verts” réalisé par le journaliste et photographe américain Steeve McCurry. Ce portrait de son visage, avec son écharpe rouge par dessus la tête et ses yeux immenses et verts, au regard très expressif fixant l’objectif de l’appareil photo, est devenue dans les années 1980, à la fois le symbole du conflit en Afghanistan et celui de la situation de tous les réfugiés à travers le monde.

L’histoire que peut cacher une photographie 

Qu’il soit le portrait d’une ville ou d’une personne, qu’il soit pris par un professionnel ou un amateur, chaque cliché raconte une histoire. Derrière cette pose figée, l’instant capturé, la photo résume l’histoire, ce « storytelling » et tente de susciter des émotions aux spectateurs. Cependant cette capture instantanée n’est pas toujours le reflet de la réalité, la véracité peut s’avérer faussé. Certaine photographie sont parfois mise en scène afin d’incarner la réalité. En effet, parfois le photographe n’a le droit qu’à un cliché, il doit donc opérer rapidement et efficacement.

N’ayant aucune expérience dans le domaine de la photographie, les clichés d’amateur sont dits authentiques. La qualité moindre et l’instantanéité des clichés témoignent de leur véracité. Selon Samuel Bollendorff, on les appelle « la caméra du pauvre », ceux qui ne trichent pas. Cette démocratisation de la photographie amène bien souvent la presse à utiliser ces photos d’amateurs en dépit de la profession des photo reporters en déclin (leur nombre aurait diminué de 44% depuis les années 2000). Prenons le cas du Printemps Arabe ou des attentats du 13 novembre à Paris, beaucoup de photos ont été prises en interne par des amateurs. Les particuliers qui étaient présents ont pu immortaliser les faits en direct. Paradoxalement ce sont les médias eux-mêmes qui font appels aux témoins pour enrichir leur actualité au risque de perdre en crédibilité.

L’authenticité ou non d’une image n’enlève pas le fait qu’elle renvoie à une expression. En effet chaque sujet photographié s’exprime par sa position, son regard, ses mimiques. De plus, se retrouver seule face à un objectif contraint la personne à se dévoiler pour témoigner de sa situation.

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Cette fillette est décédée après être resté bloqué plusieurs jours dans la boue suite à l’explosion d’un volcan en Colombie.

Lors de l’explosion d’un volcan en Colombie, le reporter Frank Fournier a accompagné une jeune fille coincée dans la boue durant 3 jours. Avant qu’elle ne succombe à ses blessures, le reporter a voulu immortaliser le visage meurtri mais digne de la fillette afin de dénoncer le manque de réactivité de l’Etat colombien et l’impuissance de la communauté internationale face à l’ampleur de cette catastrophe. D’autres professionnels ont voulu mettre en avant les portraits de famille afin d’interpeller les spectateurs sur certains problèmes qu’elles peuvent rencontrer malgré leurs sourires figés. Par ailleurs, certains clichés appellent à une interprétation différente de ce qui est montré : les retrouvailles d’une famille heureuse avec leur père (soldat américain retenu prisonnier au Vietnam pendant 5 ans), ne laisserait pas penser que la femme a demandé le divorce 3 jours plus tôt.

Il parait donc utile pour certaines images de les accompagner d’un texte, d’une légende afin d’orienter et de préciser la lecture de ces-dernières. Si l’image n’est pas accompagnée d’un contexte, cela favorisera la dispersion polysémique de sa lecture et l’émetteur aura échoué dans la transmission du message. Il revient le droit au récepteur d’interpréter l’image et le texte selon sa culture, son ouverture, la satisfaction de ses attentes, s’il s’identifie ou pas afin de lui attribuer une valeur. Finalement, il faut évaluer l’efficacité du message transmis par l’image suivant  les prédispositions, les critères et les attentes du récepteur.

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Campagne de publicité Eram en 2003.

Dans une campagne de publicité, la marque Eram a choisi de détourner certains préjugés qu’on peut avoir sur la mode. Seulement il faut noter que chaque image nécessite une phrase d’accroche pour se faire comprendre auprès des consommateurs.

Roland Barthes affirme dans “Rhétorique de l’image” qu’il y a un rapport presque nécessaire et complémentaire entre le message iconique et textuel pour rendre possible un message compliqué à exprimer.

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