Charlie Hebdo : Pouvoir et interdit de l’image

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Une de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, nº 764 (7 février 2007)

Le 7 février 2007 s’ouvrait le procès opposant Charlie Hebdo etpar l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) et la Grande mosquée de Paris (GMP). L’hebdomadaire était accusé d’avoir publié des caricatures de Mahomet, jugées blasphématoire. En réponse à cette plainte, et afin de défendre la liberté d’expression, Charlie Hebdo publie un numéro spécial avec en couverture la représentation des trois religions monothéistes.

Quand la provocation est un art

art de la caricature

Les Poires, Honoré Daumier (1831)

La caricature est un procédé ancien ayant commencé à se répandre au Moyen-âge. De la réforme, en passant par la révolution, jusqu’à aujourd’hui, elle n’a cessé d’évoluer, passant de sculptures dans les églises à des dessins n’épargnant aucun parti politique et aucune religion.

La caricature obtient ses « lettres de noblesse » lors de la Monarchie de Juillet : en 1834 a lieu la première condamnation pour caricature. Philippont, un dessinateur, journaliste, fondateur et directeurs des journaux « La caricature » et du « Charivari », est condamné à six mois de prison suite au scandale de ses « poires », des caricatures représentant Louis-Philippe se transformant en poire. Ce procès fit beaucoup parler de lui : « les poires couvrirent bientôt toutes les murailles de Paris et se répandirent sur tous les pans des murs de France ».

Aujourd’hui, la caricature est omniprésente. Celle-ci présente deux possibilités : amuser le public en le faisant rire, ou montrer les maladies sociales. Une caricature en dit plus long qu’un film, discours, chanson ou poème, une caricature nous communique ses opinions en silence et sans détours, le dessinateur peut nous dire ce qu’il veut. Elle outrepasse la barrière des mots et des interdits.

Touche pas à mon Dieu

L’hebdomadaire satirique vise à s’imposer dans les médias à travers la provocation, présente dans chacune de ses publications. La provocation est une pratique qui a pour but de surprendre et de cette façon, attirer l’attention. La plupart du temps, c’est une stratégie qui fonctionne mais elle n’est pas à l’abri de la polémique pour autant.

provocation blasphème

Publicité de la firme United Colors Of Benetton (1991)

Charlie Hebdo a été accusé de blasphème à plusieurs reprises. Il s’agit d’une condamnation des représentations faites des symboles sacrés , « une parole ou un discours qui outrage la divinité, la religion ou ce qui est considéré comme respectable ou sacré » (Larousse). Pourtant c’est une pratique qui n’est plus considérée comme délit en France, la liberté d’expression étant l’une des valeurs fondamentales. D’autres secteurs, comme la publicité, font également usage de cette forme de provocation. C’est le cas d’United Colors Of Benetton ; une marque de vêtements attirant l’attention des consommateurs par des images choquantes.

Même si le blasphème n’est plus condamnable, il continue de poser problème aux autorités religieuses, qui sont unanimes à vouloir le condamner. Cette volonté est illustrée par une multitude de procès, issus de plaintes déposés à l’encontre des publications de caricatures de Mahomet.

En fonction des autorités civiles et religieuses concernées, les points de vue à propos du blasphème divergent. Dans une société dite laïque, donc par conséquent plurale et ouverte en termes de religions, un hebdomadaire comme Charlie Hebdo peut s’exprimer comme il l’entend. La liberté d’expression demeure ainsi protégée. Néanmoins, on constate que certaines provocations peuvent entrainer de lourdes conséquences, à l’instar des attentats de Charlie Hebdo ayant eu lieu en janvier 2015. Cette tragédie nous amène à nous interroger sur le pouvoir de l’image, notamment lorsqu’elle utilise des procédés comme la provocation, la caricature et le blasphème, et à nous demander si ce pouvoir ne dépasse-t-il pas notre capacité à protéger la liberté d’expression.

L’image, pouvoir et interdit

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Chapelle Sixtine, Michel-Ange

La couverture de Charlie Hebdo ici présente pose la problématique de l’interdit de l’image. Celle-ci soulève certaines interrogations quant au pouvoir d’une image et à ce qu’elle véhicule. On constate avec Charlie Hebdo et l’attentat que la rédaction a subi, que l’interdit de l’image est sans limite, et que ses répercussions peuvent être dramatiques.

Le terme de « censure » a pour origine le poste de censeur, créé à Rome en -443, dont la fonction était de maintenir les mœurs. La censure est donc une forme de contrôle. Elle peut être religieuse ou civile et se manifeste par une modification de l’œuvre jusqu’à son interdiction. L’Eglise a censuré de nombreuses œuvres picturales en ajoutant des feuilles de vigne ou des habits pour masquer la nudité présente dans les tableaux. Un exemple de cette forme de censure peut être la fresque peinte par Michel-Ange dans la chapelle Sixtine, représentant le Jugement dernier.

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Affiche retirée du film: Les infidèles (2007)

La censure en France a connu différentes périodes d’abolitions et de rétablissements, l’interdit de l’image est ancré dans notre société. De nos jours, même si le terme de censure n’est plus ouvertement employé, l’image tend toujours à se faire interdire, par un groupe religieux extrémiste ou une autorité civile. Bien qu’elle est été abolie en France, on parle aujourd’hui de censure préventive, exercée principalement dans le cinéma et la littérature destinée à la jeunesse. On se souvient des affiches du film « Les infidèles » jugées obscènes et objet de nombreuses plaintes, qui avaient été retirées.

L’image est puissante, de par les messages et représentations qu’elle véhicule. Elle provoque des émotions, elle peut effrayer, révolter, intimider. Ainsi, elle est parfois sujet à une pression, un rejet ou une censure, pouvant être exercée par une autorité religieuse, civile ou par un groupe d’individu. Dans le cas présent, on peut ainsi se demander comment se fait-il qu’en 2007, en France, la liberté d’expression puisse encore être menacée. Si les sociétés tendent à évoluer vers une meilleure acceptation de l’image et une plus grande liberté d’expression, le pouvoir de l’image reste quant à lui toujours aussi puissant.

Hanna R.
Antonia N.
Claudia B.

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