L’image de pouvoir et le pouvoir de l’image

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Rodney King (1965-2012), film amateur, 1991, États-Unis

     C’est l’histoire de Rodney King (1965-2012), citoyen afro-américain, connu pour avoir été passé à tabac le 3 mars 1991 par des policiers de Los Angeles. En excès de vitesse, Rodney King, sous l’emprise de drogues et alcool, s’engage dans une course poursuite avec des policiers. Lorsqu’il se décide à obtempérer, arrête son véhicule et en sort après avoir été menacé par arme à feu, il se fait tabassé violemment par les policiers durant un long moment. Au total, 56 coups de bâtons, la mâchoire brisée et une cheville cassée lui ont été infligés.

Cet événement serait passé inaperçu si un habitant du quartier, George Holliday, ne l’avait pas filmé depuis son balcon. La vidéo a fait le tour du monde, passant par toutes les chaines d’informations internationales et provoquant l’indignation, la colère et le mépris envers les forces de polices. D’autant plus lorsque les policiers, auteurs des violences infligées à Rodney King, sont acquittés de leurs peines. La population, principalement afro-américaine, s’insurge et le fait entendre en manifestant brutalement dans les rues américaines. Ainsi, en dénonçant un abus de pouvoir de la part des policiers, la vidéo aura un impact considérable sur la prise de conscience des citoyens américains.

Reporter citoyen

     Minuit 53. L’heure indiquée en bas à droite pourrait laisser penser que l’image est une séquence enregistrée par une caméra de surveillance. Pourtant, il s’agit d’une scène filmée par un habitant du quartier, témoin du passage à tabac de Rodney King le 3 mars 1991. George Holliday, plombier argentin immigré, prend une trace numérique de ce qui passe en face de chez lui sans se douter qu’il est en train de réaliser la plus célèbre vidéo amateur relayée par les médias.

George Holliday, avec sa camera, à une conférence de presse trois semaines après l’incident (nydailynews.com)

La vidéo d’Holliday s’est imposée comme la preuve de l’efficacité et de la force des images capturées par des amateurs sans matériel professionnel. Comparée aux images d’un caméraman professionnel, l’image est de mauvaise qualité, pleine de grain et un peu floue mais la prise de vue est bien plus intéressante. Le zoom important signifie que le vidéaste n’est pas visible des «acteurs» de son film. Ce sont des images volées, prises au cœur de l’action, qu’un journaliste n’aurait pas pu enregistrer en direct. En étant invisible, armé de sa simple caméra Sony, George Holliday a rendu les images existantes.

Autrefois entièrement assurée par les médias traditionnels, la couverture des évènements peut aujourd’hui être garantie par des particuliers. Le succès des productions d’amateurs tient principalement au fait qu’elles sont authentiques et neutres. L’individu ne cherche pas à imposer son point de vue comme peut le faire le spécialiste. Il livre les faits bruts, sans chercher l’accord d’un public en particulier. Les informations sont donc indépendantes, fiables, précises et incontestables.

C’est notamment depuis la vidéo de George Holliday que ce changement dans la collecte et la dissémination des informations est notoire. En effet, le journalisme traditionnel est révolutionné par l’arrivée du journalisme citoyen. Shayne Browman et Chris Willis définissent ce terme par l’ «action des citoyens comme jouant un rôle actif dans le processus de récupération, reportage, analyse et dissémination de l’actualité et de l’information» (We media : How Audiences are Shapping the Future of News and Information). Les rôles s’inversent : le citoyen ordinaire passe du simple récepteur à émetteur, c’est-à-dire qu’il devient lui-même un média qui peut témoigner de ce qu’il voit, entend ou constate. On l’appelle le «citoyen reporter».

Cette démocratisation du journalisme s’explique par l’apparition des nouvelles technologies qui multiplient les outils de production audiovisuelle et les moyens de publication. Le matériel est plus petit, accessible et omniprésent ; les procédés de distribution mieux établis, gratuits et mondiaux. C’est avant tout l’apogée du web qui a mené les professionnels à cohabiter avec les pratiques amateurs étant donné que la prolifération des plateformes participatives et les réseaux sociaux sur Internet suscitent une implication toujours plus grande des internautes dans la production de contenus médiatiques.

Le tabassage de Rodney King par des policiers serait resté totalement inconnu si George Holliday n’avait pas filmé et remis aux médias ce dont il avait été témoin. Alors que Rodney King est devenu le symbole des abus de la police et des conflits raciaux, Holliday est devenu le pionnier du journalisme citoyen.

La diffusion de l’image

     Après que les images furent diffusées sur les chaines nationales américaines, l’indignation se fit ressentir. C’est l’un des effets de la communication d’images de façon massive, sans l’appui visuel que peut apporter une chaine de télévision, américaine qui plus est, il est plus que certain que l’indignation menant aux émeutes post-procès n’aurait pas été si importante.

Arrestation d’Eric Garner (Gawker.com)

Plusieurs années, et plusieurs bavures policières après l’agression qu’eut subi Rodney King, Eric Garner décède après une arrestation musclée à New York dans le quartier de Staten Island. La scène est filmée par un passant puis diffusée dans divers médias. Tout semble réuni pour que l’indignation soit au moins égale voire plus forte que celle que l’Amérique a connu avec l’affaire Rodney King. De plus l’émergence d’internet permit la diffusion encore plus massive et bien moins contrôlée que la diffusion des images de l’affaire King, on s’aperçoit de nos jours que les sites d’hébergements de vidéo comme Youtube ou Dailymotion permettent une diffusion massive (plus de 5 millions de vues sur Youtube) et par delà le phénomène d’actualité auquel sont soumises les chaines de télévisions (nous pouvons facilement retrouver la vidéo et la visionner un an plus tard sur Youtube alors que plus aucune chaine de télévision n’en fait allusion, ce qui est normal vu que ce n’est pas un évènement d’actualité). Les réseaux sociaux numériques ont aussi joué un rôle fondamental dans la diffusion de cette vidéo. En effet, beaucoup d’entre nous ont eu dans nos fils d’actualités Facebook la vidéo de l’arrestation d’Eric Garner, de ce fait la diffusion fut planétaire et l’indignation qui s’en suivit aussi car les images, comme bien souvent depuis l’avènement du net, sont diffusées en premier sur Youtube et les réactions se font entendre en premier lieu sur les divers réseaux sociaux (ce fut notamment le cas dans cette affaire sur Twitter avec le « #IcantBreathe »), puis elles ont été reprises par les médias dits « traditionnels ».

Cette affaire se déroule peu de temps avant l’affaire Michael Brown, qui a suscité dans la ville de Ferguson, Missouri, un soulèvement populaire violent, puis pacifique après l’abandon des charges retenues par le policier ayant tué Michael Brown. Ce soulèvement put également avoir lieu grâce à la communication des images via divers médias, les réseaux sociaux en premier lieu puis la télévision. Les affaires de ce type et leurs traitements médiatiques sont nombreuses, plusieurs cas pourraient être cités, l’assassinat de Trayvon Martin peut être un exemple.

 guise d’exemple plus récent, la diffusion de vidéos des attentats du 13 novembre 2015 à Paris est un excellent exemple du changement de la diffusion de l’information par la vidéo au profit des réseaux sociaux. Beaucoup de vidéos des fusillades ont été diffusées sur le net avant même que les chaines de télévisions elles mêmes filment quoi que ce soit. Ceci est dû à ce que nous avons mentionné précédemment : tout le monde de nos jours peut se muer en reporter.

Souriez vous êtes filmés

     La vidéosurveillance ou vidéo-protection aussi désignée par le sigle anglais CCTV (closed-circuit television), est un système de caméras et de transmission d’images. Les images sont traitées automatiquement et/ou visionnées puis archivées ou détruites. La surveillance a pour but de contrôler les conditions de respect de la sécurité, de la sûreté ou de l’exécution d’une procédure particulière.

Grâce à ce système, il est possible de surveiller tout ce qu’il se passe dans les lieux publics et d’avoir ainsi un système de preuve très efficace.

Le principe de filmer et de contrôler un phénomène à distance a été utilisé pendant la Seconde Guerre mondiale par les Allemands pour des raisons de sûreté : pour observer le lancement de leurs missiles. Mais on ne parle de télésurveillance stricto sensu qu’à partir du moment où le système est industrialisé et permet à un opérateur (surveillant) de contrôler simultanément plusieurs lieux sur une batterie d’écrans, ceci à des fins civiles.

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Oeuvre de Banksy (Wikimédia)

Durant les années 1980, le Royaume-Uni a été le premier pays au monde à généraliser ce système (suite aux attentats de l’IRA). Il reste actuellement le pays d’Europe le plus « télé-surveillé », Londres étant réputée comme la ville où la vidéosurveillance (tant publique que privée) est la plus importante.

À l’opposé, ses détracteurs lui reprochent fondamentalement son atteinte à la vie privée mais aussi son coût et son inefficacité. Pourtant, son utilité aurait été indéniable si elle avait pu filmer, à la place de George Holliday, le passage à tabac de Rodney King. Cela aurait permis d’avoir à coup sûr une preuve irréfutable pour inculper les policiers.

Pour ou contre la vidéosurveillance, elle reste un outil juridique et révélateur de vérités trop souvent restées dans l’ombre.

Enfin, on note que les images de vidéo surveillance sont très présentes dans la culture car elles sont largement utilisées dans la fiction télévisée ou au cinéma. Les images de surveillance vidéo servent la peur, la paranoïa, le fantasme du vrai et du réel et cela se ressent dans les œuvres cinématographiques récentes (Ex: James Bond). La télévision utilise aussi la vidéo surveillance pour réaliser des télé-réalités où l’on suit quotidiennement les activités des candidats participants à ces émissions (Ex: Secret Story). Il semble juste d’affirmer que les images de vidéos surveillance prennent de l’ampleur dans nos vies et dans notre culture.

Eliott S-L, Léa B, Jessica T

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