Les Guignols de l’info ou la parodie de l’actualité

PPDLes Guignols de l’info, photographie

La parodie de l’actualité

Les Guignols de l’info reposent avant tout sur une mécanique satirique bien huilée. Le faux journal télévisé joue ainsi sur nos représentations à deux niveaux. Visuellement tout d’abord, puisque le programme propose des caricatures en trois dimensions de personnalités publiques sous la forme de marionnettes accentuant les défauts et caractéristiques physiques de ceux dont elles se moquent ; la marionnette PPD, malicieusement baptisée en référence au journaliste Patrick Poivre d’Arvor, prend donc chaque soir les rennes de ce journal télévisé pour le moins alternatif.

Couverture de Charlie Hebdo, 1er avril 2015, caricature.

Sur le fond ensuite, les propos tenus représentent de véritables parodies des faits d’actualité peuplant les médias d’information chaque jour, en les revisitant ou les déformant de manière humoristique mais toujours critique.

La parodie prônée par Les Guignols de l’info nous permet ainsi de repenser nos rapports aux représentations que nous forge la télévision sur l’information, l’actualité, la politique. L’émission culte suit cependant une voie ouverte par la presse écrite depuis le début du XXème siècle : on pense notamment au journal satirique fondé en 1915, Le Canard Enchaîné ou bien encore à Charlie Hebdo.

LeGorafi.fr, site web d’actualité proposant des articles parodiques, reprend cette tradition parodique, cette fois-ci sur internet.

 

LeGorafi.fr, page d'accueil du 03 décembre 2015, capture d'écran.

LeGorafi.fr, page d’accueil du 03 décembre 2015, capture d’écran.

Les codes du journal télévisé

JT_1957

Journal télévisé, 23 janvier 1957, capture d’écran. Source : ina.fr

Au-delà de leur aspect purement parodique, Les Guignols de l’info nous confrontent aux codes universellement reproduits et uniformisés des journaux télévisés. Ces derniers se caractérisent en effet par un modèle de présentation spécifique d’une rigidité à la fois spatiale et temporelle, ces codes étant en effet appliqués dans partout dans le monde, et ce depuis leur naissance au début des années 1950. Ces principes intemporels ont ainsi été renouvelés au gré des personnalités journalistiques les incarnant et des évolutions technologiques dans le domaine de l’audiovisuel, et cependant semblent immuables tant leur constance a traversé les époques : un présentateur charismatique et reconnu, dont la posture, l’intonation et les vêtements sont immédiatement reconnaissables par le télespectateur ; un décor symbolique et neutre, dont les écrans bleutés, ou du moins froids et basiques à l’époque de la télévision en noir et blanc, évoquent une ouverture sur le monde autant que l’objectivité du journal ; un générique caractéristique ; des titres d’actualité rythmant la présentation ; une tranche temporelle traditionnelle, 20h, sur laquelle se calquent d’ailleurs Les Guignols de l’info.

JT_2015

Journal télévisé de France 2, 28 novembre 2015, capture d’écran. Source : france2.fr

Tout le dispositif décrit ci-dessus n’est cependant que le reflet de ce qu’on ne voit pas, c’est-à-dire ce qu’il se passe réellement derrière l’écran, au moment du direct.

coulisse guignols

Dans les coulisses des Guignols de l’info. Source : Ouest-france.fr

Le 02 juillet 2015, Vincent Bolloré, directeur du groupe Canal+, annonce l’arrêt des Guignols de l’info. Cette décision en a surpris plus d’un, beaucoup y voyant une attaque contre la liberté d’expression ; une forte mobilisation sur internet et les réseaux sociaux a pu être constatée (#TouchePasAuxGuignols, résonnance auprès de personnalités politiques, journalistes, humoristes).

Capture les nouveux guignols

Les Guignols, émission du 14 décembre 2015, capture d’écran. Source : Dailymotion

Le programme a cependant fait sa réapparition sur la chaîne privée le 14 décembre 2015, sous l’appellation Les Guignols. Cette nouvelle version se veut plus jeune, et le présentateur culte, PPD, laisse sa place à deux journalistes anonymes (sur le modèle des chaînes d’information en continu). Les présentateurs des JT des chaînes concurrentes (David Pujadas, Élise Lucet, Jean-Pierre Pernaut, etc) sont relégués dans une salle de rédaction ou autour de la machine à café pour des « débriefings » entre collègues. Le décor a changé, et les marionnettes évoluent maintenant dans une newsroom à l’américaine dont on voit tantôt les coulisses, tantôt le plateau.

Ce retour n’a cependant pas eu le succès escompté (accueil mitigé sur les réseaux sociaux, perte de télespectateurs à cause de la diffusion en crypté).

Jeux de marionnettes

Les Guignols de l’info sont avant tout des marionnettes mises en mouvement par des marionnettistes. Créé à Lyon vers 1808 par Laurent Mourguet, Guignol est le personnage principal du théâtre de marionnettes comique formant avec Gnafron et Madelon le trio récurrent des pièces du répertoire classique. Ces dernières s’inspirent d’ailleurs directement de la célèbre commedia dell’arte, dont les caractéristiques (gestuelle, accessoires démesurés) sont reprises afin de créer un comique de situation spécifique. Le spectacle de marionnettes se pratique la plupart du temps dans un castelet, selon la technique du burratino, que l’on peut traduire par « marionnette à gaine ».

Guignol

Photographie des marionnettes Guignol et Gnafron. Source : guignolguerin.fr

Cette image populaire comique a également inspiré hors de nos frontières, avec notamment le Muppet Show aux États-Unis où chaque marionnette est devenue un personnage mythique. Cette série, présentée par Kermit la grenouille dans le rôle

Le Muppet Show. Source : dailymail.co.uk

du directeur de théâtre, propose une succession de sketches et de numéros musicaux réalisés par les marionnettes de la troupe (les Muppets) autour d’une guest star humaine, issue du monde du cinéma, du théâtre ou de la musique.

Le Bébête Show

On donnera aussi l’exemple du Bébête Show qui s’est inspiré de ses homologues américains, en parodiant l’actualité politique française. Ces jeux de marionnettes ont en commun le cadre de mise en scène qui est identique d’une représentation à une autre.

 

Par Laurianne Arnaud et Camille Toussaint

 

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