Le pouvoir des images dans les médias

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Ce document est un numéro du petit journal l’illustré, publié le 19 novembre 1892. Ce numéro est illustré par une gravure de l’attentat du 8 novembre 1892 causé par une bombe dans un commissariat de la rue des bons enfants de Paris faisant 6 morts. La dimension du journal est 43×30 cm. Cette illustration fait part d’un événement tragique ayant eu lieu et ne le traite pas avec humour, elle reconstitue l’attentat.

 

L’image dans la presse a une valeur informative. En effet, elle complète l’article ou elle permet de résumer un événement. Elle s’accompagne systématiquement d’une légende permettant de commenter la photo. La photographie s’est imposée comme étant une trace qui permet de reconstituer la preuve d’un événement. Elle permet à n’importe quel lecteur de comprendre le sens d’un article. Nous aurons plus tendance à contester ce que dit un texte plutôt que ce que montre une image. La légende est nécessaire afin de compléter l’image et de la situer dans son contexte.

La place de l’image dans la presse

Avant d’utiliser la photo comme illustration d’articles de presse, les journaux se servaient d’images sous la forme de gravures.

La photographie est d’abord utilisée comme un support pour les dessinateurs et les graveurs  afin de la reproduire. Les graveurs eux utilisent cette reproduction pour ensuite utiliser des moyens de reproduction mécanique comme la lithographie.

La lithographie inventée par Aloys Senefelder en 1796 en Allemagne consiste pour l’artiste à dessiner sur une pierre calcaire à l’aide d’un crayon gras. Le noir de celui-ci va être retiré pour qu’il ne reste seulement que le gras, qui aura pénétré dans le calcaire poreux. Une feuille sera par la suite placée au-dessus de la pierre calcaire et passée à la presse à bras permettant à l’encre de s’imprimer sur la feuille. C’est avec cette technique que le journal L’illustration (premier hebdomadaire d’actualités illustré en France) va connaître son succès.

C’est seulement à partir des années 1980 que la photographie est reconnue dans la presse comme modèle d’illustration.

Il était possible de voir certains hebdomadaires avoir recours à du collage de photographies pour les intégrer.

 

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Gravure sur bois par Ernest CLAIR-GUYOT, Une de l’Illustration, 25 Juillet 1891

La gravure sur bois a longtemps été le moyen d’illustrer des portraits ou encore des personnages, mais Ernest Clair-Guyot (dessinateur à l’Illustration) va inventer la technique du bois pelliculé. Cela va permettre de reproduire le cliché sur du bois pour qu’il soit alors gravé par l’intermédiaire du dessin.

C’est à la fin des années 1880 que la similigravure va faire entrer la photographie dans la presse. Elle permet d’associer le papier texte et l’image. La similigravure est le résultat des travaux de Charles-Guillaume Petit (France) et Georg Meisenbach (Allemagne).

Avec la similigravure il est alors possible de lier image et texte dans une même page.

La similigravure va surtout être mis à l’honneur durant les compétitions sportives, c’est d’ailleurs durant ces événements que les reportages photographiques vont apparaître. Les événements mondiaux vont favoriser la diffusion des journaux car cela passionnent davantage les lecteurs.

Les quotidiens vont alors progressivement publier des reportages photographiques, c’est le cas du « Le Petit journal » en 1890 qui créer un supplément illustré. Le quotidien Excelsior, qui utilise beaucoup de photographies va même jusqu’à dire que le journal illustré est fait pour ceux qui ne savent pas lire. Car la photographie fait bien plus vendre, car elle touche un plus large public.

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Le 19 août 1911 (n°674), la Coupe Michelin Internationale et le pilote français Jules Védrines

On tend alors doucement à l’apparition de magazines photographiques avec en 1858 l’apparition sur le marché des magazines français et allemand. Ces magazines photographiques mettent en avant l’esthétisme de la mise en page avec des photographies imprimées sur du papier de qualité, couché ou même glacé. L’image a alors une place centrale.

Cependant la photographie connait certains obstacles surtout en ce qui concerne les quotidiens. Il faut savoir que pour couvrir un événement des reporters partent sur le terrain, mais les photographies mettent plusieurs jours à être réceptionnées aux locaux du quotidien. Les photos sont alors dites atemporelles, en retard sur l’actualité. C’est alors que les quotidiens vont se retourner vers les dessinateurs pour tout ce qui concerne l’actualité d’événements soudains.

Pour conclure sur la place de l’image dans la presse, la photographie sera au début utilisée seulement comme un simple modèle permettant une reproduction, mais par la suite elle va s’intégrer au processus d’impression avec la photogravure. L’enthousiasme pour la photographie donnera alors naissance à de nombreux quotidiens illustrés et par la suite des magazines photographiques.

 

L’utilisation des images choquantes

Les médias utilisent des images choquantes en presse, à la télévision, en affichage … afin d’émouvoir leur cible grâce à ces images qui communiquent plus d’informations que le texte qui y est associé. Ces images augmentent considérablement l’audience du médias dans lequel elle figure. Ce sont des images à impact international sur la conscience des populations. Ces images choquantes nous confronte tout de suite à l’horreur et restent graver dans notre mémoire.

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Packaging des nouveaux paquets de cigarettes de 2010

En France, un arrêté du 15 avril 2010 décidé par le ministère de la santé oblige les fabricants de tabac d’imprimer une image dissuasive sur au moins 40 % de la surface arrière du paquet de cigarettes. En montrant les effets néfastes du tabac, le ministère espère freiner les ventes de paquets de cigarettes. Cette mesure est appliquée dans 60 pays et contient une image ainsi qu’un  message d’alerte “fumer tue”. Cette image émouvante  cherche à convaincre les consommateurs d’arrêter de fumer. Sur ces paquets, les images représentent un cancer de la gorge, des poumons de fumeurs en très mauvaise santé mais aussi les effets pouvant être causé à nos proches comme un futur enfant.

Ce sont des images difficile à regarder  car nous ne sommes pas habitué à voir ce genre de photographies sur un “objet” du quotidien pour les fumeurs.

 Ces images choquantes poussent le consommateur à réfléchir sur les effets néfastes qu’il risque en continuant de fumer mais aussi sur les effets négatifs qu’il inflige à ses proches.

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Photographie d’Aylan, de Nilufer Demir prise sur une plage en Turquie

Le 2 septembre 2015, cette photographie du petit Aylan, réfugié syrien de 3 ans retrouvé mort sur une plage, a été diffusée dans tous les médias du monde. Cette image émouvante a eu un impact mondial et a permis de relancer le débat sur l’accueil des migrants afin d’éviter qu’un tel drame se reproduise. Cette photographie n’est pas anodine car l’utilisation (utilisation car il est possible qu’il s’agisse d’une mise en scène) d’un enfant est plus émouvante que celle d’un adulte dans la même situation. Cette image a certainement amené le public à s’identifier à ce petit garçon et à sa famille et les a mis dans une situation d’impuissance face à cette tragédie.

Suite à la diffusion de cette image choc, selon un sondage, le pourcentage de français se disant favorable à l’accueil de migrants syriens en France a augmenté de 9% passant de 44% à 53%.

Dans ce cas précis, l’image a un impact beaucoup plus fort que le texte associé. Si cette photo n’avait pas été diffusée, ce fait divers n’aurait certainement pas eu une réaction mondial sur ce sujet.

Comment couvrir des événements inaccessible ?

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Photographie amateur d’Adam Stacey (témoin) lors de l’attentat d’un des métros de Londres le 7 juillet 2005

Lors d’événements, les journalistes et photographes professionnels n’ont pas forcément accès immédiatement au lieu concerné. C’est pourquoi les images d’amateurs, souvent présents sur ces lieux, ont une importance pour ces médias. En effet il est difficile de couvrir un événement sans image l’illustrant. Les images de ces témoins captées grâce à des smartphones, des caméras seront donc utilisées le temps d’obtenir des photos professionnelles. Ces images ne sont pas utilisées pour leur esthétique, car elles sont souvent de mauvaise qualité, mais pour leur utilité immédiate qui permettent d’illustrer une information. C’est un document authentique et non mis en scène. L’image est un médium puissant qui se partage facilement grâce aux réseaux sociaux.

Le 7 juillet 2005, quatre bombes transportées par des terroristes font exploser trois métros et un bus à Londres, causant 56 morts et 700 blessés. Alors que les médias ne peuvent accéder à l’intérieur du métro, Sky News diffuse une image de l’attentat: il s’agit d’une photo prise par Adam Stacey présent dans un des métros attaqué

Cette photo a été prise dans le but de prévenir les proches du jeune homme qu’il allait bien. Mais avec l’essor d’Internet et l’utilisation des réseaux sociaux, cette photo a fini par être utilisée par la télévision et les journaux pour illustrer le fil d’actualité de l’événement.

Camille.L & Céline.P

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