The Falling Man

falling-man

Richard Drew, The Falling Man, 2001.

Richard Drew (1946‐2013), The falling man
Photographie, 11 septembre 2001, New York, États‐Unis

Montrer ou autocensurer?

nyt

The New York Times, 11 septembre 2001

11 septembre 2001, New York. Richard Drew faisait son travail de photographe pour l’American Press, ce matin-là. Au moment de l’explosion il avait déjà commencé à photographier, et il a saisi la chute de cet homme qui est tombé à 9 h 41 min 15 s d’un des plus hauts étages de la tour nord du World Trade Center. Cette photo, surnommée The Falling Man (« L’homme qui tombe »)  a fait le tour du monde et a suscité une grande controverse. Sa publication a généré un débat pour savoir si l’on pouvait montrer une telle image à la société.

Lorsque The Falling Man a été publié les gens ont considéré que la photographie menaçait l’intimité de l’homme au moment de sa morte.  Aux États-Unis, seulement le New York Times a osé publier cette image, qui lui a valu un déluge de critiques. « Je souhaite que 10 ans plus tard les gens soient capables de regarder cette image, » a expliqué Richard Drew dans une interview au journal britannique Telegraph.

Le 11-S ont apparues des photos horribles : des personnes qui sautaient dans le vide, des gens en état de choc, des blessés entre les décombres, des cris de terreur… ce qui a été critique par les citoyens. Les médias, conscients de la doleur que provoquaient les photos, ont décidé de s’autocensurer. Selon la journaliste Nathalie Wolinski (Beaux-Arts Magazine): “ au lendemain des attentats du 11-septembre, de nombreuses images circulent. Immédiatement, un accord éthique implicite s’établit entre les médias : leur diffusion doit être limitée, par décence, par respect des victimes et par mesures de sécurité. Autocensure, donc, et réaction post-traumatique”.

Éthique et représentations de la mort

Kévin Carter, La fillette et le vautour, 1993.

Kévin Carter, La fillette et le vautour, 1993.

Le livre « Controverses, une histoire éthique et juridique de la photographie » de Christian Pirker et Daniel Girardin exemplifie diverses histoires de photographies, qui ont choqué à la société.

Un exemple c’est l’image  du photographe Kévin Carter, prise au Soudan, montrant une petite fille mourant de faim sous les yeux d’un vautour. La photographie a gagné le prix Pulitzer en 1994. Néanmoins, le public a été plus critique envers le photographe, en lui reprochant de ne pas avoir porté assistance à la fillette. Peu de temps après, Kévin Carter s’est suicidé. Les photographies ont un poids important dans la société et sa publication entraîne une lourde responsabilité.

Les reporters de guerre y sont souvent confrontés à la mort. L’une des images qui représente le mieux cette situation est sûrement celle du français Franck Fournier, prise en 1985, en Colombie.

Omaira-Sanchez

Frank Fournier, Omayra Sánchez, 1985

Omaira Sánchez était une fille colombienne de 13 ans, victime du volcan Nevado del Ruiz à Armero, en Colombie. Elle a atteint une reconnaissance mondiale en étant, pendant trois jours, coincée dans la boue, l’eau et les décombres de sa propre maison, pendant que les caméras de télévision filmaient sans cesse.

Le photographe, Franck Fournier, ne pouvait rien faire d’autre que témoigner. « L’attitude de Fournier montre ainsi à quel point un photographe peut être amené à s’interroger sur son travail. Ne rien dissimuler de la réalité, au risque de choquer l’opinion publique, ou renoncer à témoigner, tel est le douloureux dilemme auquel ce cas renvoie », explique le livre de Christian Pirker et Daniel Girardin.

La représentation de la mort comme une représentation artistique et informative à travers la photographie a eu ses précédents dans le journalisme de guerre des deux guerres mondiales et de la guerre civile espagnole. À partir de là, le photojournalisme a fait des progrès spectaculaires dans la technique photographique pour obtenir des reproductions de plus en plus véridiques. Plus tard, des années 70 en avant, la guerre de décolonisation africaine en Amérique latine, la lutte entre Israël et la Palestine et le conflit à l’est ex-communiste ont facilité le développement de l’image visuelle comme la méthode la plus efficace pour montrer la cruauté et douleur à longue distance .Le début du nouveau millénaire ouvre une nouvelle voie pour la représentation de la mort, la représentation en temps réel.

Image-événement

Buzz Aldrin photographié par Neil Armstrong. 20 juillet 1969.

Buzz Aldrin photographié par Neil Armstrong. 20 juillet 1969.

L’événement ne semble pas pouvoir exister s’il n’en existe pas d’images. Les événements sont souvent associés à des images. L’arrivée de l’homme à la Lune en 1969, par exemple, est un événement historique auquel nous rattachons des scènes visuelles. Cependant le lien entre événement et image va plus loin. Le fait que les événements soient constitués comme tels dans la mémoire collective passe normalement par l’existence d’images qui « concrétisent », en quelque sorte, la signification et l’importance de ce qui est advenu. En ce sens, la représentation de l’événement n’a pas seulement vocation à l’illustrer, mais aussi à le constituer.

Le lien image-événement est beaucoup plus fort depuis qu’on vit la révolution digitale.  Lorsque qu’il y a un événement les images apparaissent bien plus vite que dans le passé. Les téléphones portables, les appareils photo numériques et Internet permettent à tout un chacun de prendre, poster, faire circuler et partager facilement ses photos de l’actualité en direct. Néanmoins, les images publiées ne sont pas un traitement étudié, perfectionné et soigneux de l’actualité.

Estefania Merino, Alicia Llanos, Camille Rinaldi.

Publicités