Postcards from Google

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Clément Valla, Postcards from Google Earth, capture d’écran, 2011-2013


A la recherche de nouveaux médiums


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Niépce, Point de vue du Gras, héliographie au bitume de Judée, 1826-27. Considérée comme la première photographie.

La recherche omniprésente de nouveaux modes de création et de diffusion est une réalité de l’art contemporain. Elle s’exprime par la découverte ou l’invention de technologies qui a permis aux artistes de développer l’art et jouer avec les nouveaux matériaux.
Par exemple, la chimie a permis de découvrir la photographie qui est devenue un enjeu artistique majeur du XXe siècle, comme le cinéma dans les années 70 ou le web à partir des années 2000. La création artistique à partir de ces nouvelles technologies a offert des perspectives infinies pour les artistes de recréer l’art à travers ces matériaux.

Le web par sa grande diversité comme les sites internet, les logiciels ou encore les moteurs de recherche permettent une multitude de genre différents.

Michael Wolf a series of unfortunate events

Image tiré de la série de Michael Wolf, a series of unfortunate events

L’art numérique se crée et nombreux sont les artistes qui travaillent sur les caractéristiques propres du médium qu’ils utilisent. Ils exploitent les potentialités narratives, esthétiques et poétiques du web.
Cela permet aux artistes une liberté. Les disciplines y sont poreuses, l’œuvre hypermédiatique peut inclure de la vidéo, de la photographie comme de l’écriture et du son.

L’art numérique est d’une grande diversité et celle-ci a du mal à être reconnu par le monde de l’art.
C’est le cas notamment pour les œuvres de Michael Wolf qui capturait des instants intimes, insolites ou simplement esthétiques présent sur Google Street View. Clément Valla, lui cherche les failles du logiciel Google Earth dans son œuvre Postcards from Google.

Mais les mentalités ont évolué et ces formes d’art sont maintenant pleinement reconnues. Notamment depuis l’obtention de la World Press Photgraphy par Michael Wolf pour a series of unfortunate events.


Les « bugs » dans l’art


Chaque œuvre, chaque action ou technologie possède des failles. Elles peuvent être aléatoires, non voulues comme c’est le cas des bugs. Mais aussi être fabriquées et recherchées.

Cézanne La femme à la cafetière

Cézanne La femme à la cafetière

Clément Valla avec Google Earth recherche celles qui sont des erreurs du logiciel. En effet, il regroupe plusieurs technologies qui peuvent former des bugs : celle de photographie en 2D et l’utilisation de la tridimensionnalité. Cette technologie appelé Texture mappingest développée par Edwin Catmull dans les années 1970. Elle consiste à prendre des vues 2D issues de photographies aériennes ou spatiales et d’y incorporer une troisième  dimension grâce à un logiciel. Cette transformation est réussie dans la plupart des cas mais des anomalies peuvent arriver, notamment dans des zones qui nécessitent plusieurs niveaux de lecture comme un pont. Ayant la même forme qu’une route, il sera perçu par le logiciel comme tel et le traitera de la même façon. La création d’un relief entre la terre et le pont ne sera pas effectuée. Là s’arrête les limites du logiciel et où commence le travail de Clément Valla.

Les erreurs d’algorithmes de Google Earth exprime bien comment la “neutralité” des mathématiques peuvent donner des œuvres absurdes et loin de la réalité.

Mais les bugs, les failles et les effets de hasard ne peuvent se cantonner qu’à internet.

Elles peuvent être recherchées ou créées. C’est le cas des erreurs de perspective de Cézanne avec pour exemple La femme à la cafetière. Il joue sur les lignes droites et tronque la perspective. On le remarque dans la façon de traiter la petite cuillère qui est à angle droit de la table et la tasse. La cuillère n’est pas représentée de façon réaliste et l’artiste l’a peint ainsi, notamment pour amorcer un nouveau courant artistique, celui du cubisme.

Les erreurs peuvent être voulues mais être aussi un facteur de jeu. C’est le cas du jeu populaire les 7 différences. Deux images sont présentées avec d’infimes différences qu’il va falloir trouver.

Les erreurs peuvent donc être dues au hasard et recherchées comme c’est le cas de Clément Valla. Mais aussi être voulues et même recherchées.

Jeu des 7 différences

Exemple de jeu des 7 différences


Une bien étrange carte postale


Cocotiers - Limón, C.R. Carte postale colorisée années 1910

Cocotiers – Limón, C.R. Carte postale colorisée années 1910

Cette série nommée Postcards from Google Earth ironise sur la représentation qu’il fait d’un paysage. Clément Valla est bien loin de l’image idéalisée d’une carte postale qui montre le « meilleur » ou le plus touristique des régions. Ces bugs sont donc magnifiés par l’ironie du titre.
L’artiste se moque de ces représentations et insiste sur l’éphémère de ses failles. Il faut les saisir, les envoyer, les partager avant que les constantes mises à jour du logiciel toujours plus performantes ne viennent les combler. Il se veut gardien de ses images avec un devoir d’archivage pour mettre en mémoire l’histoire et l’évolution du logiciel, de Google Earth.

Alsace 1855. Paysanne des environs de Neuvillers (Bas-Rhin) : Costumes des Provinces françaises - Alsace -Carte Traditio (Paris)-1930

Alsace 1855. Paysanne des environs de Neuvillers (Bas-Rhin) : Costumes des Provinces françaises – Alsace -Carte Traditio (Paris)-1930

Mais la carte postale a d’autres fonctions que l’archivage. Elle a une fonction de correspondance. Elle permet de créer un lien entre l’expéditeur et le destinataire. Elle est un devoir moral obligatoire pour un voyageur. La volonté de marquer où un individu se trouve et affirmer son existence.

Elle permet aussi de véhiculer une imagerie populaire. En effet la carte utilise des images qui sont connues de tous. Des symboles et des icônes qui permettent une lecture facile de la carte, un cocotier représentera la chaleur et les îles. Elle peut aussi permettre de véhiculer les traditions et les coutumes du pays ou de la région visitée.

Les habits traditionnels sont récurrents mais aussi les vues de paysages qui permettent de représenter d’une façon idéalisée les paysages.

Clément Valla insiste sur la représentation du monde qui peut être faite au travers de la carte postale. Il ironise en mettant des vues « cassées », qui ne sont pas idéalisées pour nous faire réfléchir sur comment on veut représenter le monde.

Floriane C

(Cécile L, Marie C, Lucile P)

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