Panopticon

panopticon

Plan du Panopticon – 1843 The works of Jeremy Bentham vol IV, 172-3

« La visibilité est un piège »


 

Dessin de Thierry Guitard Affiche de l’exposition « Big Brother is watching you » à la galerie l’air de rien (septembre 2010)

Dessin de Thierry Guitard
Affiche de l’exposition « Big Brother is watching you » à la galerie l’Air de rien (septembre 2010)

A la fin du XVIIIème siècle, les frères Bentham inventent un nouveau type d’architecture carcéral : le panopticon, qui inverse le concept du cachot en laissant pénétrer la lumière dans la cellule afin de mieux pouvoir observer à contre-jour le prisonnier.

Michel Foucault s’exprime ainsi à ce sujet dans Surveiller et punir paru en 1975 « il est vu, mais il ne voit pas ; objet d’une information, jamais sujet d’une communication. »
Le panoptique dans son dispositif dissocie le couple voir/ être vu car de la tour centrale le gardien peut voir l’intérieur des cellules disposées circulairement autour sans jamais être aperçu.

Illustration in surveiller et punir de Michel Foucault

Illustration in Surveiller et punir de Michel Foucault

Le pouvoir s’exerçant par une surveillance permanente, immatérielle et invérifiable est alors aux mains de cette machinerie : « Un assujettissement réel naît mécaniquement d’une relation fictive ».
L’ingéniosité de cette structure tient au fait que l’exercice même du contrôle et de la surveillance du détenu devient secondaire car elle créer chez lui « un état conscient et permanent de visibilité ».

“ Notre société n’est pas celle du spectacle, mais de la surveillance […] nous ne sommes ni sur les gradins ni sur la scène, mais dans la machine panoptique.”

L’époque moderne voit surgir une nouvelle forme de pouvoir à l’ère des transformations numériques. Les TIC (technologies de l’information et de la communication) agissent comme un « panoptique électronique » : vidéosurveillance, enregistrement des conversations, géolocalisation etc. On parle aujourd’hui d’un « Big Brother » planétaire, terme se référant au roman d’anticipation 1984 de George Orwell.
Lorsque l’on parle de surveillance, on pense forcément au récent scandale de la NSA (National Security Agency) dévoilé par Edward Snowden en mai 2013. Ce scandale a suscité une prise de conscience mondiale sur les systèmes de cybersurveillance. Cet espionnage de masse pose le problème de la démocratie. Quelles sont les limites à ne pas franchir ? Il est nécessaire aujourd’hui de trouver un équilibre entre la sécurité nationale, la liberté publique et le droit à l’information.

Photographie prise d’un manifestant dénonçant les méthodes de surveillance de la NSA, devant l'ambassade des Etats-Unis, en Allemagne, en juillet. | AFP/ANGELIKA WARMUTH

Photographie prise d’un manifestant dénonçant les méthodes de surveillance de la NSA devant l’ambassade des Etats-Unis, en Allemagne, Juillet. | AFP/ANGELIKA WARMUTH

Du panoptique à l’open-space


 

Photographie de bureaux en open space

Photographie de bureaux en open space

Le terme d’open-space vient du monde anglo-saxon et est arrivé en France dans les années 1980. Ce nouvel agencement de l’espace se retrouve à la fois dans les lofts et les bureaux. Il s’agit d’espaces ouverts où l’interaction entre les individus est facilitée. Si ce modèle se retrouve généralisé dans le domaine de l’entreprenariat c’est sans doute parce que l’on considère que ces échanges peuvent accroître la productivité et permettre l’émergence d’idées novatrices. Il y a une nouvelle forme de communication qui se créer par le biais de cette architecture où la coopération est valorisée.

On fait tomber les murs, on ouvre, on aère. Néanmoins, si l’open-space s’est très largement substitué au bureau individuel c’est également pour pallier à la hausse du prix du mètre carré. Selon une étude de mars 2008, 60% des entreprises françaises seraient aménagées en open space.

Œil de l'émission de télé-réalité Loft Story sur M6

Œil de l’émission de télé-réalité Loft Story sur M6

La tendance est au décloisonnement, cependant on ne peut jauger aujourd’hui la pertinence de celle-ci. La sociologue Thérèse Evette dit cependant que « L’open-space est à la fois l’aménagement le plus prisé des manageurs et le plus contesté par les employés ».

Il s’agit également pour les entreprises de garder un œil sur leurs employés par un effet panoptique. L’architecture depuis longtemps façonne l’homme, de sa manière de penser à son comportement. L’architecture peut donc apparaître comme étant l’un des tenants de la société de contrôle.

 

Voir au travers


 

Disposition d'une expérience de fluoroscopie, gravure extraite de la revue générale des sciences (1896)

Disposition d’une expérience de fluoroscopie, gravure extraite de la revue générale des sciences (1896)

Découverts en 1895 par le physicien Wilhelm Röntgen, les rayons X permettent aujourd’hui de produire grâce à la technique d’imagerie de transmission des images radiographiques. Comment ça marche ? Les rayons X qui s’apparentent à une forme de rayonnement électromagnétique sont utilisés pour obtenir une image radiographique. Elle est obtenue grâce à l’atténuation des rayons X par la matière qu’ils traversent. L’atténuation diffère selon l’épaisseur du tissu. Utilisé essentiellement dans l’univers médicale, ce nouvel outil s’accompagne d’un nouveau regard porté sur le corps humain car il rend visible et concret l’inobservable. L’utilisation de la lumière dans l’architecture panoptique est ce qui permet au gardien de voir le prisonnier par contraste. L’image radiographique elle aussi se sert de la lumière pour montrer l’imperceptible. La représentation du corps humain est bouleversée, une nouvelle forme de plaisir et de séduction des images apparaît. Cet art de la transparence nous transporte dans le champ de l’invisible. En 1896, certains magazines populaires d’Europe et des Etats-Unis définissent cette découverte comme celle de la « photographie de l’invisible ».

L’usage nouveau que l’on fait de la lumière et des rayons X entraîne inéluctablement une nouvelle lecture de l’image. En effet, la texture de celle-ci change ainsi que les principes d’opacité, de transparence et de profondeur.
Au XXème siècle, les artistes traversent une crise profonde dans l’art de la représentation figurative. Ils se détachent progressivement des représentations classiques du corps humain et se fascinent pour ce qui n’est ni visible ni représentable. Avec la découverte de ces technologies scientifiques, le champ du non-perceptible s’ouvre à eux.

Xavier Lucchesi

Percheuse Ligne de profil – Xavier Lucchesi (artiste qui travaille et questionne l’image radiographique)

Radiographie personnel d'un coude atteint de chondromatose.  wikimédia

Radiographie personnel d’un coude atteint de chondromatose.
wikimédia

Lucile P

(Floriane C, Cécile L, Marie C)

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