L’image et le fantastique

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Gollum, photogramme tiré du film de 
Peter Jackson The Lord of the rings 
(d’après le roman de Tolkien), 2003, Etats-Unis, Nouvelle Zélande

 

En 2001, Le Seigneur des anneaux fait son apparition dans les salles de cinéma. Adaptation de l’œuvre éponyme de J.R.R Tolkien publiée entre 1954 et 1955, cette trilogie cinématographique suit les aventures de Frodon Sacquet dans sa quête pour détruire « l’anneau unique », anneau magique créé par les forces du mal. Se déroulant dans un univers fantastique, le film nous fait découvrir tout un ensemble de créatures et imaginaires. Mais l’une d’entre-elles est particulièrement digne d’attention. Il s’agit du personnage de Gollum, représenté ci-dessus.

Acteur réel, image virtuelle

La création de ce personnage, créature maléfique qui accompagne Frodon dans son voyage dans le but de lui voler l’anneau, a fait appel à une technique particulière d’effets spéciaux : la capture de mouvement (motion capture). L’acteur, Andy Serkis, est équipé de capteurs de mouvements. Il joue la scène qui est ensuite reconstruite par ordinateur. Cette méthode permet de rendre les personnages en images de synthèses beaucoup plus réels.

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Andy Serkis, Extrait du making-off du Seigneur des Anneaux : Le Retour du Roi (2003)

Elle est également utilisée pour reconstituer les expressions du visage de l’acteur à travers le visage de l’image de synthèse. La motion capture moderne est apparue dans les années 1990, d’abord dans le milieu du jeu vidéo. Le monde du cinéma s’y met rapidement et le premier personnage à utiliser de façon vraiment importante la motion capture est Star Wars : La Menace Fantôme (1999) avec le personnage de l’alien Jar-Jar Binks. L’acteur Ahmed Best joue les scènes avec les acteurs puis les rejouent sur un plateau de tournage à part équipé des capteurs de mouvements. Les équipes techniques peuvent ainsi reproduire son personnage par ordinateur.

C’est une procédure semblable qui est utilisé avec Andy Serkis. Cette image permet de s’interroger sur la frontière entre la réalité et l’image dans le cinéma. En effet, l’image de Gollum est une image de synthèse créée par ordinateur mais reprend les émotions, les attitudes, le jeu de l’acteur. C’est une transposition du réel dans le virtuel.

Gollum et la double personnalité

Avant de devenir une créature malfaisante, Gollum était un hobbit  (homme de petite taille comme Frodon) nommé Sméagol. Mais sa rencontre avec l’anneau unique, qu’il retrouve au fond d’un étang lors d’une partie de pêche avec un ami, le transforme radicalement. Devenu fou, Sméagol tue son ami pour se l’approprier. Commence alors à se développer en lui une seconde personnalité, celle de Gollum, qui prend petit à petit le dessus sur Sméagol et finit par l’assujettir complètement. Tout au long du film, cette double personnalité est mise en scène. On pense notamment à une scène près d’une rivière, où Sméagol s’adresse à Gollum dans le reflet de l’eau.

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Photogramme extrait du film Le Seigneur des Anneaux : Les Deux Tours (2002)

Ce personnage évoque la part d’ombre de chaque individu, cette part de nous qu’on a peur de voir grandir et finalement devenir nous,  comme l’explique Alan Lee, concepteur visuel ayant travaillé sur le Seigneur des Anneaux : « Gollum est, presque littéralement, un archétype de l’ombre, la partie de nous-même que nous craignons et refoulons le plus ; une créature qui est sortie des profondeurs de notre psyché et qui suit notre trace, nous rappelant en permanence ce que nous pouvons devenir. Le défi que constituait la représentation d’une telle complexité dans un personnage animé, généré par ordinateur, a été relevé avec enthousiasme par Andy Serkis et tous ceux qui se sont impliqués dans cette création. »

Ce lien entre Gollum et le spectateur est représentée par la relation entre Gollum et le héros Frodon. Frodon, à force d’être au contact de l’anneau (qu’il porte autour du cou), commence à développer des symptômes semblables à ceux de Gollum. Il devient méfiant, considère l’anneau comme sa seule propriété. Il développe une relation particulière avec Gollum, qu’il appelle Sméagol pour rappeler son origine hobbit, et le prend en pitié. A travers Gollum, il aperçoit la partie sombre de sa propre personne et croit pouvoir retrouver l’humanité de cette créature alors que lui-même est entrain de perdre la sienne.

L’étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde

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Photogramme tiré du film Docteur Jekyll et M. Hyde (1931) de Rouben Mamoulian avec Fredric March.

Le roman de l’auteur écossais Robert Louis Stevenson, Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde, est une référence sur le thème de la double personnalité. Le livre raconte l’histoire du docteur Jekyll, scientifique passionné par la double personnalité et rongé par un penchant pour le vice. Il va mettre au point une potion pour séparer son esprit en deux parties, le bon côté et le mauvais. La partie malfaisante devient Mr. Hyde. Le Dr Jekyll peut se transformer en Mr Hyde pour assouvir ses vices sans se sentir coupable. Mais progressivement, la barrière entre les deux facettes de sa personnalité s’effrite. Le docteur Jekyll ne parvient plus à contrôler ses transformations et met fin à ses jours.

On retrouve donc une problématique semblable à celle de Gollum. Le personnage ne peut résister à l’attirance de quelque chose (le vice pour Jekyll, l’anneau pour Gollum). S’en suit une lutte entre deux entités à l’intérieur de l’esprit du personnage, lutte entre le bien et le mal, l’humanité et la monstruosité. La lutte est toujours remportée par le mal, entraînant la mort de Jekyll/Hyde et de Sméagol/Gollum. La principale différence entre les deux personnages se situe au niveau physique. Les deux facettes de Gollum sont contenues dans un seul corps, qui se transforme progressivement, alors que Jekyll se transforme en Hyde, les deux parties de l’esprit sont bien distinctes physiquement (du moins au début).

Hugo Monier, Marianne Joly, Samuel Rochwerg.

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